Quand près de dix mille visiteurs convergent chaque soir sur un petit quartier, les Vietnamiens se mettent à chercher une autre Hội An — plus lente, moins peuplée, et plus vraie.
Une vérité que les amoureux de longue date de Hội An se confient à voix basse : la vieille ville, en réalité, est la plus belle à six heures du matin. Avant que les lanternes ne s'allument, avant que les chariots de bún ne sortent, quand quelques aïeules balaient encore la cour devant leur maison — Hội An, à cet instant, est la ville des Hội An, non celle des visiteurs.
À neuf heures, tout a changé.
En 2024, Hội An a accueilli 4,4 millions de visiteurs sur à peine 44 km². La densité humaine y atteint près de cinq fois la moyenne nationale, et les jours de pointe la seule vieille ville peut recevoir près de 10 000 personnes dans un périmètre minuscule. VnExpress citait un visiteur étranger : « Hội An est sans doute l'exemple type du tourisme saturé. » Le Nhân Dân a tranché : il est temps de désengorger la vieille ville, de développer les communes voisines, de viser des séjours plus durables.
Heureusement, Hội An est bien plus vaste que sa vieille ville.
La tendance « anti-tourist » : les Vietnamiens à contre-courant
Selon iVivu et plusieurs rapports sur les tendances 2026, une vague nouvelle prend forme dans la manière dont les Vietnamiens voyagent : on l'appelle « anti-tourist ». Non pas un rejet du tourisme, mais une volonté active d'éviter les sites bondés, de partir hors saison, ou de chercher les zones que la machine touristique n'a pas encore avalées.
Au même moment, Traveloka note un glissement vers la « micro-holiday » — escapades de 2 à 3 jours, près de chez soi, mais pensées avec intention. On ne tente plus de caser quatre provinces en une semaine. On choisit un lieu, on y reste plus longtemps, on mange plus lentement, on rentre avec un souvenir net plutôt que dix photos floues.
Hội An est une des destinations les mieux taillées pour cette manière de voyager — à condition de savoir où aller.
Quatre territoires de « l'autre Hội An » qui méritent une matinée à pied
1. Cẩm Thanh et la palmeraie d'eau. À environ trois kilomètres de la vieille ville, Cẩm Thanh est une zone saumâtre ourlée de palmiers nipa. Tôt le matin, avant que les barques-paniers ne fassent vrombir leurs moteurs, c'est l'un des endroits les plus calmes de Hội An. Marcher le long du canal, ou louer un vélo, suffit.
2. La plage d'An Bàng. Longue plage, petites adresses accueillantes, et surtout : pas de resort vertical pour casser la ligne d'horizon. C'est la plage où les habitants viennent en week-end, pas un lieu pour soirées de groupes.
3. Trà Quế et les villages maraîchers. Un village d'herbes biologiques avec plusieurs siècles d'histoire. Tôt, vous y verrez les jardiniers arroser à la louche, à l'ancienne. Plus tard, ce sont les voiturettes électriques. Mieux vaut tôt.
4. Le bord du Thu Bồn. La part de Hội An que beaucoup de Vietnamiens ne longent qu'en filant vers l'aéroport. Pourtant, le long du Thu Bồn, surtout à l'ouest, on trouve des villages très intacts — vergers d'aréquiers, chemins de terre, vieilles maisons de brique encore habitées, non livrées aux séances photo.
« Loger », plutôt que « visiter »
Évolution discrète des tendances 2026 : l'hébergement n'est plus un endroit où dormir. Il devient une part de l'expérience principale. Les Vietnamiens — surtout la génération Z et les millennials — sont prêts à dépenser plus pour une petite villa avec espace, arbres et petit-déjeuner cuisiné, que pour une chambre d'hôtel grande et anonyme.
D'où le succès, autour de Hội An, des modèles de petite villa au bord du fleuve, de homestay tenu par une famille, ou de wellness retreat à quelques chambres. C'est aussi le segment que la municipalité encourage, comme moyen de délester le centre et de redistribuer les flux.
Ce type d'adresse — par exemple Nghê Prana, villa familiale au bord du fleuve, avec spa ayurvédique et yoga matinal — permet d'être à Hội An sans « subir » la version haute saison. Vous allez en vieille ville, mais à l'heure que vous choisissez, et vous battez en retraite vers un coin calme quand il le faut.
De petits gestes qui font « prendre » le voyage
- Visitez la vieille ville à 6 h ou après 22 h. Deux fenêtres où Hội An se rend presque aux Hội An. Café de trottoir, Pont japonais désert, lumière douce — dix fois plus précieux que l'« heure dorée » du soir.\\n- Réservez un repas familial en périphérie. Beaucoup de familles à Cẩm Thanh ou Cẩm Kim acceptent de cuisiner un vrai repas du Quảng — mì Quảng, poisson au caramel, soupe de légumes. Meilleur que n'importe quel restaurant de la vieille ville, et moins cher.\\n- Réservez au moins une matinée sans programme. Un vélo, une carte papier, une bouteille d'eau. C'est ainsi que Hội An raconte son histoire elle-même.\\n- Tenue légère, chaussures plates. Le soleil du Centre ne pardonne pas, et les bons coins se rejoignent à pied.
Une Hội An pour revenir
Hội An n'est pas une ville à « conquérir ». C'est une ville où l'on revient — la première fois pour les lanternes, la deuxième pour le café du matin, la troisième pour un fleuve que l'on a manqué les deux fois précédentes.
En 2026, un seul conseil pour les Vietnamiens qui préparent une escapade courte : ne réservez pas seulement dans la vieille ville. Faites quelques kilomètres de plus. Une autre Hội An vous attend, si silencieuse que vous y entendrez l'eau couler.